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Cap Nord Nuit Polaire : partie 4

Catégorie: Découvertes
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Suite et fin du journal de bord des Engagés...

JOUR 16 & 17 - LE COMBAT FINAL

Après l’épisode épique de notre traversée de la mer en packraft, une nouvelle tempête nous accueille sur l’île du Cap Nord, comme pour nous signifier que nous ne sommes pas les bienvenus et qu’il ne se laissera pas atteindre si facilement. Nous sommes donc contraints de passer la journée entière sous la tente à nous reposer. Nous reprenons des forces qui nous seront bien utiles.

Ce matin en sortant de la tente, nous prenons conscience que la tempête a laissé des traces. La tente est entièrement recouverte de neige, et nous nous enfonçons jusqu’aux cuisses malgré nos skis. Cela annonce la couleur de la journée. Sans compter que nous devons faire face à un premier obstacle de taille dès les premières heures : atteindre le plateau à +315m de dénivelé par rapport à notre position.

Dès les premières traces nous sommes exténués. La poudreuse rend la progression extrêmement lente et pénible. Chaque mètre à tirer la pulka est parcouru avec qui nous laisse exangues. Au bout de 4h de marche le dénivelé est atteint, pour seulement 3km parcourus... Un bilan bien maigre. Nous sommes déjà épuisés alors qu’il nous reste encore 7h de marche. Une fois le plateau atteint, la neige ne s’améliore pas et la fatigue prend petit à petit le dessus. La visibilité est quasi nulle et nous devons regarder la boussole toute les minutes sous peine de tourner en rond. Neige, visibilité, dénivelé, fatigue. Bref encore une journée qui nous a réservé de belles surprises.

Résultats des courses, 12km parcourus en 11h de marche. Pas glorieux, mais le dénivelé était notre dernier obstacle majeur avant le Cap Nord.

Nous sommes contraints de poser le camp à 20h30 car une nouvelle tempête s’annonce. Elle frappe les parois de notre tente au moment même où nous vous écrivons ces mots. Demain s’annonce plus calme. 22km nous sépare du Cap Nord, le combat de demain.

JOUR 18 - LE CAP NORD EST ATTEINT !

Après 18 jours de lutte acharnée sans répit, le Cap Nord a fini par s’incliner aujourd’hui à 20h.

La journée commençait pourtant dans le doute suite au faible avancement d’hier. Mais nous n’avions pas dit notre dernier mot. Après une bonne nuit de sommeil (8h chrono passées dans le duvet) nous nous levons ce matin avec la ferme intention de faire le maximum pour atteindre le Cap Nord.

Ce n’était pas gagné, car nous parcourons seulement 2.6km sur la première trace à cause d’une mauvaise neige et du brouillard épais. Mais les conditions s’améliorent et nous commençons à lâcher les chevaux : nous parcourons les kilomètres à grande vitesse pour arriver à un embranchement de route qui mène au Cap Nord.

Quelle est notre surprise de voir que la route est complètement barrée, recouverte de 2 à 3 mètres de neige par endroits. La bonne nouvelle est que nous pouvons nous servir de cette route comme main courante pour nous conduire jusqu’au Cap Nord. La mauvaise... c’est qu’il n’y a pas de bus capable de venir nous chercher une fois arrivés... il faudra donc que nous trouvions nous-même une solution.

Trêve de bavardage, nous nous lance sur la route enneigée qui grimpe à pique puisque 315m de dénivelé nous séparent de notre objectif. Cela représente l’équivalent du dénivelé grimpé hier. Maxime se lance en premier dans la pente, Thomas prend le relai sur les hauteurs et Valentin achève les dernières lignes de niveaux. La montagne est vaincue. Nous y avons mis les moyens et cela a payé. Aujourd’hui nous avons décidé de ne rien lâcher, quoi qu’il en coûte. Malgré une visibilité réduite et un vent de face, nous poursuivons sur le plateau final en azimut brutal : direction le Cap Nord.

Au cœur de la pénombre polaire, nous commençons à distinguer de faibles lumières au loin. Nous sommes galvanisés par la vision de l’objectif ! Nous avançons machinalement contre le vent, déterminés à enfin vaincre le Cap Nord. A 20h, après 8h de marche, nous y sommes. Nous sommes au point le plus au Nord de l’Europe. Ça y est, après 6 mois de préparation et 18 jours de doute et d’efforts, nous touchons euphoriques à notre but. Et pourtant, nous n’avons pas le temps de nous réjouir.

Car l’expédition n’est pas terminée...

En effet nous devons rejoindre le port d’Honningsvag, d’où part le ferry qui, le jeudi 16 à 5h45 du matin, nous emmènera à Tromso retrouver nos proches : 34km nous en séparent depuis le Cap Nord... Les routes sont toutes bloquées sur l’île par des avalanches. Rien qu’hier, 13 avalanches ont frappé le port et l’une d’entre elles a emporté un chasse neige. La situation est extrême et nous le savons. Les goretex sont remontées jusqu’au nez, les sifflets sont en place au niveau de la bouche et les pelles sont sortie. Espacement entre le marcheur de 15m. Chacun respire profondément et la colonne s’élance. Nous sommes à bouts mais nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Nous redescendons. Le vent de face revient à la charge, encore plus violent. Nos pieds commencent à souffrir sévèrement. Les blessures apparaissent, mais il faut faire l’effort si nous voulons rentrer chez nous !

Au bout de 4h supplémentaires de marche, certainement les plus dures de toute l’expédition, nous parvenons tant bien que mal à atteindre une vallée. La distance nous séparant du port a été réduite à 20km. Il est 3h du matin passé. Notre état de fatigue est au-delà de l’imagination. Mais nous avons réussi à atteindre le Cap Nord, et demain sera notre dernier jour de marche. Dans 20km nous aurons droit à une des bières les plus savoureuses de notre existence.

JOUR 19 - UN RETOUR ENGAGÉ. UNE BIÈRE BIEN MÉRITÉE.

Ce mercredi matin, nous nous levons avec la certitude que nous atteindrons Honningsvåg. Pas de quartier, nous allons nous battre pour rentrer et retrouver nos proches qui nous attendent.

A peine sortis de la tente, le vent souffle déjà à 60km/h. Décidément, jusqu’au bout, il va falloir sourir et faire face. Nous décidons de longée la route ensevelie par la neige pour gagner du temps. Nous engrangeons 5km sur la première trace malgré le vent qui fouette nos visages. Ce premier coup porté à l’ultime épreuve nous galvanise et nous enchaînons sur une seconde trace de 5km, en dépit des conditions qui empirent. Nous ne lâchons rien. Nous voulons rentrer alors nous allons rentrer.

Plus que 12km. Sur la 3e trace, nous commençons à perdre du dénivelé et accélérons. Des montagnes de neige recouvrent la route. Le travail destructeur des avalanches est sous nos pieds. Nous franchissons les passages les plus engagés avec prudence atteignons le bord de mer. Nous voilà incapables de nous arrêter malgré les ampoules qui saignent et les talons qui brûlent.

A 6km de la ville, nous croisons le chemin d’une déneigeuse. Elle nous informe que la route est fermée pour cause d’avalanches et nous interdit de poursuivre. Le chef de service propose de nous raccompagner en ville, ce que nous acceptons, faute d’avoir le choix. Qu’à cela ne tienne, nous avons atteint le cap Nord et souffrirons bien ces six derniers kilomètre en déneigeuse ! Arrivés en ville on remercie notre bienfaiteur qui nous offre un toit dans la salle commune de l’entreprise de déneigement. Improbable ! De nombreuses bières et cigarettes viennent conclurent cette rude journée.

Le lendemain matin, nous nous levons à l’aube pour attraper le ferry à 5h45 du matin. Nous embraquons ! C’est confirmé, l’expédition est terminée. Nous savourons une bière Amundsen sur le pont (celle-là, on l’a pas volée !).

Dans le ferry nous improvisons conférence auprès de touristes français curieux. En sept jours de croisière, ils n’ont pas vu une seule aurore boréale du fait des conditions climatiques extrêmes, et pour cette même raison, ils n’ont pas pu débarquer pour une excursion sur l’île du cap Nord. Notre témoignage compense partiellement leur déception.

Une expédition qui aura laissé des traces, mais nous en sortons changés, difficile encore à ce stade de mettre des mots sur nos ressentis. Nous sommes remplis d’euphorie mais aussi marqués par l’effroi en repensant à ce que nous avons surmonté. Chaque seconde est magique, et nous profitons de chaque instant. Nos pensées sont tournées vers nos proches à Tromso qu’on a hâte de serrer dans nos bras, dans 2h !

Ultime (bonne) surprise qui marquera l’expédition : un équipe télévision de la première chaîne de Norvège nous attend au port pour nous interviewer pour un reportage de 3min au JT … improbable mais réel.